La vigie, et les pirates

Le constat

 

Nous savons toutes et tous ce qu’il s’est passé. Les derniers hommages résonnent encore. Les regards et les paroles des rescapés, des blessés, les recueillements massifs et silencieux dès le lendemain sur toutes ces scènes de crimes sont gravés à jamais dans nos mémoires.

C’est arrivé… l’inconcevable n’est donc plus impensable. Nous avons vu « La vigie » s’engager avec acharnement, détermination et stratégie. Elle s’est débattue pour résoudre le plus rapidement possible les équations barbares misent en œuvre par des « pirates » déshumanisés.

Sidération…Que le « grand esprit » prenne grand soin des âmes de ceux qui ne rentrerons plus chez eux.

Et nous tentons, inlassablement depuis, d’être à la hauteur des vivants… soit, « Ils n’aurons pas notre haine[1] »…

 

Et donc

 

Moë-Kan, passé le constat, fin juillet 2016, de notre quasi impuissance à propos de la réparation des vivants, retourne au labeur. Nous retrouvons les plaines de vos manifestations et festivals. Et là, c’est le délire. Là, c’est l’urgence et tout ce qu’elle peut avoir de déraisonnable. On nous demande de bien assumer notre obligation de moyens à vos côtés face à une nouvelle situation de danger potentiel, mais de quel danger parle-t-on ?

Pour ces raisons, on tente de contraindre nos organisations dans de nouvelles mesures. Celles-ci nous arrivant parfois à l’emporte-pièce. Et parfois, à y réfléchir, d’étranges mesures…

 

Pas si vite

 

Mais, pour éviter les jugements trop faciles et potentiellement malveillants. Les Moë-Kan souhaitent d’abord ici remercier, avec ferveur et avec un immense respect, pour leur précieuse collaboration, leur écoute, leur accompagnement et expertise, tous les membres des services publics (membres des bureaux de prévention et de l’opérationnel des SDIS, membre des forces de police municipale, nationale et les personnels de gendarmerie).. Ceux avec qui nous avons échangés. Ceux avec qui nous avons beaucoup, beaucoup travaillé. Ensemble, nous avons adapté nos organisations dans l’urgence, certes, mais en ayant les mêmes objectifs, et la certitude d’avoir fait tout ce que nous pouvions à ce moment.

Remercions également toutes les collectivités, producteurs, et leurs représentants d’envergures qui nous ont accordés de la crédibilité professionnelle en nous remettant les « clefs » de leurs manifestations culturelles, leurs dossiers de sécurité et leurs projets dans ces moments troubles depuis janvier 2015.

Et saluer pour leur dévouement et savoir-faire tous les membres des associations de sécurité civile qui ont accompagnés nos organisations.

C’est ensemble que nous avons réussi à finaliser la mise en place des spectacles pour qu’ils rencontrent leurs publics. Et c’est ensemble que nous avons parlé de prévention, de situation de crise, de communication en situation de crise, de moyens adaptés. Et c’est ensemble que nous avons appris les uns sur les autres.

Ensemble, étrangement, nous avons moins utilisé le vocable « sécurité ».

 

Inquiétude

 

Des questionnements, des ombres et de mauvais esprits pointent à l’horizon nous dit notre shaman.

Quelle posture aujourd’hui… ?

Être dans le déni, contre de nouvelles mesures et résister par principe, ou acquiescer à l’application de ces nouvelles mesures sans légitimité de droit de parole ?

Sommes-nous tous convaincus aujourd’hui de la nature des objectifs à atteindre ?

Si c’est pour garantir l’éradication du risque, nous avons peur de la réponse de certains soi-disant porteurs de projets qui trouveraient là un efficace bras de levier pour tendre vers « ne plus faire ».

Mais alors, aujourd’hui « faire », c’est prendre le risque ? prendre le risque d’être confronté à l’impensable ?

Oui, peut-être comme « hier », en fait ?

 

Pour le moment pouvons-nous être convaincus que le déni de la survenu de nouveau d’une crise n’est pas la bonne posture ?

Sommes-nous sûrs déjà d’avoir au moins, et au minimum, compris et pris en compte les données opérationnelles (managériales) évoquées dans le contexte réglementaire ? Sommes-nous certains d’avoir pris en compte à notre niveau les expériences de nos collaborateurs des forces de l’ordre ?

Sommes-nous convaincus que notre réseau et système de communication (organigramme radios) fonctionnerait en cas de crise sur vos manifestations ?

Sommes-nous assurés d’avoir la capacité de détecter précocement un incident (quelque chose dit de « pas normal »), de pouvoir l’analyser rapidement avec efficience, et d’avoir prévu le contact garanti avec les autorités compétentes pour les faire intervenir sur leurs champs de compétences ?

Sommes-nous sûrs d’avoir les « hommes » qu’il faut aux commandes de nos organisations en cas de situation de crise ?

Sommes-nous convaincus de ne pas envoyer des personnels en situation d’échec et de danger grave, en cas de situation de crise ?

 

Et, au fait, qui va nous donner la parole pour échanger avec « la vigie » officiellement ? Pour notamment partager la difficulté.

Y aurait-il des groupes de travail qui se mettraient en place dans lesquels nous n’aurions pas le droit de citer ?

Je n’ose pas y croire…

 

Les Moë-Kan ont décidés

 

Que le XXIème siècle nous appartient.

De ne jamais oublier mais de transcender.

Que nous n’aurons de cesse de continuer d’apprendre de toutes et tous pour être meilleurs.

D’être aux côtés des artistes et de ceux qui les programment, produisent, accueillent, diffusent, éclairent, sonorisent, administrent, …

Mais de ne jamais cesser de continuer à travailler sur la survenance potentielle de la « situation de crise » (l’impensable) pour être prêt à apporter des solutions à nos organisations et aux autorités.

D’être toujours convaincus que nous ne ferons rien tout seul.

De lutter contre des mesures imposées sans concertation, sans prise en compte de nos objectifs, de la culture du secteur et des entreprises dudit secteur… des artistes.

D’associer à nos tables de travail les représentants de la sécurité publique.

Qu’on ne nous empêchera pas de faire notre métier.

De souhaiter la fin de la piraterie et un sursaut d’humanité et de bienveillance de nos sociétés.

 

Nous avons donc toujours le même objectif, la même mission, la même vocation. Soit de préparer la grande plaine et son environnement pour y accueillir les objets artistiques, afin qu’ils rencontrent leurs publics.

 

Mais on va prendre des risques alors ?

Je pense que oui.

 

Philippe CUVELETTE

Directeur développement

 

[1] Dans l’esprit du livre d’Antoine LEIRIS « vous n’aurez pas ma haine »

Crédit photo 1 : Edward S. Curtis

 

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